Intelligence artificielle : nouvel outil ou cerveau de substitution ?

Bibendum / Midjourney 5.0

Cet article est rédigé à la première personne. Il est le fruit de la réflexion de notre directeur artistique Antony Squizzato, soutenu par l’ensemble des équipes.

 

Quand une chose me terrifie, je plonge dedans.

Je me demande parfois ce qu’aurait fait Blaise-Pascal s’il avait eu accès à l’IA. Ou ce qu’aurait réalisé Auguste Rodin s’il avait possédé une imprimante 3D et les derniers logiciels de sculpture en réalité augmentée.

Les progrès réalisés par ces technologies ont été fulgurants ces derniers mois, et cette uchronie pourrait bien devenir réalité étant donné qu’il est désormais possible de simuler un style, et de pouvoir envisager de « prolonger » l’œuvre d’un créateur disparu, en générant des textes, des images ou du son.

Les possibilités de l’intelligence artificielle semblent sans limites, et me posent de nombreuses questions, tant éthiques que sociales ou créatives. C’est ce sentiment de peur qui me pousse à adopter, expérimenter, hybrider ces technologies.

J’adhère ainsi à la maxime de Johann Sfar : « Quand une chose me terrifie, je plonge dedans. »

Aussi, je suis partagé entre deux sentiments opposés : celui de scier la branche sur laquelle je suis assis, opposé à l’exaltation totale devant la vitesse et les possibilités de ces générateurs. C’est comme si mon cerveau était sous un boost de dopamine permanent, la seule limite semblant être l’assèchement de mon imagination.

À la peur de la page blanche, succèdera la peur du prompt vide.

Au quotidien, j’utilise l’IA de façon « utilitaire » et fais encore totalement la différence entre ma « création personnelle », revendiquée et signée, et ces visuels générés qui ont remplacé l’utilisation régulière de banques d’images, et me permettent de réaliser des phases d’idéation en quelques secondes.

Je n’ai aucun doute sur le fait que de nombreux publicitaires -entre autres- utilisent déjà massivement l’IA, ce qui permet de refroidir un peu leurs méninges sollicitées pour produire toujours plus de concepts, d’idées parfois jetables, parfois durables. Les changements dans le monde du travail vont être totales, il va falloir s’adapter.

Mais ce n’est pas ici le sujet. Parlons plutôt de Midjourney, l’outil que j’utilise pour ces créations picturales, le plus populaire avec ses millions d’utilisateurs et le plus performant avec Stable Diffusion (au moment de l’écriture de cet article).  

Chaque mise à jour de Midjourney est un nouveau pas vers Mars, ou même Neptune. Allons-y !

La dernière version (5.2, à l’écriture de cet article) propose un réalisme époustouflant, un mode « turbo » qui génère les images en quelques secondes, et une fonction de « zoom-out » qui permet de faire reculer la prise de vue et de compléter et animer le décor autour du sujet. On peut également imaginer la suite d’une image, et ce dans toutes les directions, ce qui permet par exemple de réaliser des travellings.

On est loin des erreurs (mains et visages difformes, personnages sortis d’un tableau de Francis Bacon…) qui faisaient le charme des premières versions, et de l’esthétique singulière que certains artistes exploitaient.

Astuce : il est toujours possible d’obtenir ces premiers rendus en tapant « –v 1 » à la fin de son prompt.

Aujourd’hui, le réalisme semble total, et, pire, souvent plus « léché » que la réalité : mieux éclairé, mis en scène, et dénué de toutes ses aspérités.

 

Le cas du hors-série « Clermont Capitale », édité par le magazine Auvernha

Midjourney / requêtes Clermont Capitale avec la v5.2

Pour ce hors-série Clermont Capitale du magazine Auvernha, j’ai évidemment réalisé de nombreux tests : il est d’autant plus facile d’arriver à un résultat probant pour un personnage dont la représentation visuelle existe uniquement dans l’imaginaire – pas de photo disponible pour Vercingétorix – qu’il est difficile de retranscrire un personnage actuel bien connu et normé comme Bibendum.

Chaque image est le résultat de nombreuses itérations. Il est évidemment nécessaire d’avoir en préambule une vision à l’esprit, une direction, une idée de mise en scène. Il faut aussi bien connaître les techniques d’écriture de ces fameux prompts afin d’obtenir les éclairages, grains, ratio d’image, et placements d’éléments souhaités.

Ainsi, pour Vercingétorix j’ai privilégié une influence des peintres du XVIIIe siècle, ou de peintres animaliers comme Rosa Bonheur, pour mettre en avant un côté statufié, figé dans le temps, héroïque et réalisé à la peinture à l’huile. Pour être franc, j’ai des doutes sur la réalité historique de certains éléments : l’épée, les vêtements… mais là n’est pas la démarche. On reste dans la figuration, l’illustration, la métaphore.

Vercingetorix / Midjourney 5.0

Pour Blaise Pascal, les enjeux étaient différents. Il existe déjà des portraits peints de l’illustre Auvergnat, desquels je voulais m’éloigner. Il y a aussi une forte actualité liée aux 400 ans de sa naissance, et un rapport évident entre la machine à calculer qu’il a inventé – La Pascaline – et les supercalculateurs d’aujourd’hui. Blaise Pascal, génial précurseur, était doué de multiples talents qu’il me fallait symboliser visuellement. J’ai donc convoqué des références au steampunk, un univers visuel et littéraire issu de la science-fiction, où l’on retrouve la technologie, l’industrie, et l’avènement de nouveaux mondes.

Blaise Pascal / Midjourney 5.0

Le cas de Bibendum n’était pas évident car ce personnage est culte et ses traits connus à travers le monde. Michelin a bien tenté de le faire évoluer dans les années 2000 avec un passage en 3D, avant de revenir à sa version 2D d’antan. Finalement la solution a été de travailler sur une anticipation du Bibendum de demain. J’ai donc renseigné des références liées à la mobilité, à la science-fiction et à une esthétique « laboratoire de recherche » en innovation permanente. Dans mes prompts, j’ai donc intégré des films comme Tron (Disney), les Wachowski (Speed Racer, Matrix), Kosinsky (Oblivion).

Bibendum / Midjourney 5.0

À noter que Midjourney dans sa version actuelle ne connait pas très bien la morphologie de Bibendum, ce qui signifie qu’un faible nombre d’utilisateurs y fait référence.

Plus un personnage réel ou fictif est présent dans l’actualité et sur le web, plus Midjourney a accumulé de références picturales le concernant.

Dernière image, et pas des moindres, la couverture.

Illustrer la métropole auvergnate est un exercice de communication qui se termine souvent par l’emploi d’un visuel de la Cathédrale, de la place de Jaude avec sa célèbre statue, ou d’une vue panoramique de la cité avec le Puy-de-Dôme et sa Chaîne des Puys en arrière-plan.

Le choix a été ici de passer par une stylisation, pour ramener la perspective au plan 2D. L’objectif : rendre cette vue plus graphique, plus géométrique. J’ai donc fait appel à des mouvements artistiques ou architecturaux qui privilégient ces esthétiques : le Futurisme ou le Bauhaus. Là encore, Midjourney n’a pas encore énormément de références en stock sur la cité Clermontoise, et même s’il est possible de générer des images IA à partir de photos, j’ai préféré m’en passer pour obtenir une vision totalement algorithmique, quitte à avoir des approximations architecturales. Les couleurs ont ensuite été travaillées dans Lightroom de Adobe – dont la dernière version utilise également l’IA – un autre sujet à venir ?

Clermont capitale / Midjourney 5.0

Cette expérimentation visuelle répond donc à un contexte particulier – il n’est nullement question ici de remettre en cause le travail des illustrateurs ou photographes – mais pose également de nombreuses questions sur l’évolution des métiers de l’image, la tentation de la facilité et la nécessité d’une éducation à l’image plus que jamais.

Il suffira de taper les mêmes prompts dans quelques mois dans Midjourney pour avoir un résultat totalement différent, tant la progression des rendus est vertigineuse, et tant tous les logiciels de création ou de traitements d’images s’apprêtent à lancer leur version avec IA intégrée et des interfaces toujours plus simplifiées.

Le plus ardu sera probablement de replacer l’humain – opérateur ou acteur ? – au cœur du processus, en mettant en avant les singularités de chaque individu, au centre de l’entreprise comme au centre de la société.

Et si nous parlions de vous ?

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